« Les Wampas sont la preuve que Dieu existe »
Avec son accent tout droit sorti de Pantruche, on l’aurait plus volontiers imaginé dans un film d’Audiard qu’au milieu d’une scène rock. Et pourtant, Didier Chappedelaine, salarié de la RATP le jour, devient Didier Wampas - le chanteur du groupe « yéyé-punk » éponyme - dès que la nuit se lève. « Ce boulot d’électricien me permet de payer mon loyer et de me sentir libre par rapport aux maisons de disques, aux radios et à tout le reste. Vu que je n’ai pas besoin des Wampas pour bouffer, je peux dire merde à tout le monde. »
Une liberté que le groupe - qui tire son nom des aventures de Rahan en 1983 et qui compte dix albums dans ses doigts - a pourtant failli perdre au moment où Atmosphérique, leur label, fut forcé de céder ses meilleurs artistes à Universal. « Ils l’ont joué facile et ne se sont occupés de rien, si ce n’est de nous permettre d’enregistrer un nouveau disque en Suède. »
Retour de bâton.
Le retour de bâton allait toutefois s’avérer cinglant pour cette maison qui aime surtout les disques dorés et sans le moindre grain de poussière. Pourquoi, sinon, avoir envisagé d’associer le groupe à Cali, l’un des artistes les plus rentables de la scène hexagonale ? « Quand ils m’ont dit qu’il manquait un single à l’album, que c’était trop punk et que ça ne passerait pas en radio, j’ai pris la rogne et je suis retourné en studio écrire U.N.I.V.E.R.S.A.L. en un quart d’heure » Le résultat ? Un single cinglant dans lequel Didier Wampas brocarde la « variété academy » qu’on aurait voulu lui imposer et explique les raisons du divorce qui ne manquera pas d’arriver avec la major.
Osé, à l’image de la carrière de ce chanteur sans cesse en équilibre sur une corde de guitare qui vibrerait au son d’un riff diabolique. Et ce n’est pas prêt de s’arrêter selon Didier Wampas. « Finalement, je crois qu’avec l’âge, on devient de moins en moins politiquement correct. » En survolant leur discographie, quelques-uns des titres des derniers albums apportent en effet du houblon à leurs mousses.
« Danser sur U2 », vraiment quelle drôle d’idée, « Mon Petit PD » ainsi que deux titres majeurs : « Chirac en prison » - on y reviendra - et « Manu Chao », évidemment. Un single sorti en 2003 et qui, depuis, dégueule en décibels des enceintes. Le titre qui a permis aux Wampas de se faire connaître du grand public via la FM et une nomination aux Victoires de la musique.
Dur à vivre pour un groupe qui revendique haut et fort le fait de pouvoir dire merde à tout et qui aurait pu perdre son âme en étant entraîné dans la machine médiatique. « Je ne vais pas me plaindre d’avoir eu un morceau qui est passé à la radio, confesse Didier Wampas. Faut pas déconner ! Il y en a qui cherchent ça toute leur vie. » Et le chanteur de relativiser ce que l’on a qualifié de tube. « Faut pas exagérer non plus. On n’a même pas eu de disque d’or. C’est vrai, par contre, que ce morceau nous a permis de jouer dans de gros festivals qui ne voulaient pas de nous. »
« Chirac en prison »
Autre morceau de bravoure, symbole de l’anticonformisme dont font preuve les Wampas, « Chirac en prison », sorti en 2006. Aucune diffusion sur les radios, évidemment. « Ce n’est pas la politique qui a censuré la chanson mais les médias eux-mêmes qui se sont dit qu’ils auraient des problèmes. Sur une radio qui avait décidé de la programmer, personne n’a osé prendre la responsabilité de la diffuser… Et c’est monté jusqu’à Lagardère, le patron de cette boîte. »
Pour autant, le rocker se refuse à croire à la fin de l’impertinence tendance poil à gratter. « On a le droit de tout dire mais les gens ont peur de perdre leur boulot ou de ne plus passer à la télé. C’est pour ça que l’on a voulu remuer un peu tout ça en sortant Chirac en prison. »
Un prêche optimiste. Mais quoi de plus logique pour celui qui affirme que « Les Wampas sont la preuve que Dieu existe » ? Sérieux, le chanteur s’explique. « J’ai trouvé ça en regardant la devanture d’une librairie anarchiste. Il y avait un bouquin, La preuve de la non-existence de Dieu. Or, si les Wampas sont toujours là, après plus de vingt-cinq ans, c’est bien que Dieu existe, que rien n’est impossible. » Et non, le punk n’est pas mort…
Benjamin Ferret (sudouest.fr)
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