Fin février 2009, Nicolas Wadimoff et Béatrice Guelpa sont à Gaza pour le tournage du documentaire « Aïsheen (still alive in gaza) ». L’opération « Plomb durci », lancée le 27 décembre 2008 par l’armée israélienne, a pris fin depuis moins d’un mois. La situation des 1,5 millions d’habitants de la bande de Gaza, qui sortent de 23 jours de guerre, est chaotique. Depuis plus de deux ans, un blocus imposé par Israël empêche les gens de Gaza de prendre leur destin en main. Totalement isolée, coupée de la Cisjordanie, Gaza mérite plus que jamais son surnom de plus grande prison du monde.
Comment fait-on pour survivre dans un tel contexte ? Quelles sont les perspectives ?
Au fil des rencontres, le réalisateur et la journaliste sont frappés par l’extraordinaire capacité d’endurance de ces personnes qui, malgré l’occupation, le blocus et la guerre, restent « vivantes », dignes, debout. Très vite, ils nouent une relation amicale avec les sept musiciens du groupe de rap DARG Team. Ces sept rappeurs, âgés de 18 à 25 ans, ont le courage de s’exprimer et se battent, jour après jour, pour la liberté d’expression. Leur combat et leur énergie positive sont une véritable leçon. Bassam, Mady, Fadi, Antar, Sami, Maroof, Ahmad et Adham deviennent des protagonistes du film, dont ils signent la musique.
Synopsis du film « Aïsheen (still alive in gaza) »
« Elle est où la cité des fantômes ? », demande l’enfant au gardien du parc d’attractions. « Elle est là, juste là. Mais elle a été bombardée… Tu veux la voir ? » C’est par ces mots que commence le film « Aisheen », balade impressionniste dans une Gaza dévastée, au lendemain de la guerre.
La cité des fantômes, c’est Gaza… Avec des clowns qui tentent de faire oublier un bombardement aux enfants, armés de ballons de baudruches ; une baleine échouée sur une plage, « grosse comme un immeuble » qui alimente les fantasmes ; un lion d’abord famélique, puis empaillé, curieusement suspendu dans la cage d’un zoo à la manière d’un trophée. Ou encore des dizaines de bonbonnes de gaz enchaînées au bord d’une route balayée par le sable.
« Aïsheen (still alive in gaza) » raconte l’attente d’après le désastre. L’attente d’un futur meilleur dans la plus grande prison du monde. Les avions rôdent encore au-dessus des têtes, les bombardements ne cessent pas. Des hommes et des femmes errent dans les ruines. Des pêcheurs savourent l’unique poisson retenu par leurs filets dans cette mer désormais interdite. Plus loin, une famille de fermiers, hébétés, ramassent le bois des 56 oliviers qui les faisaient vivre depuis des générations. Une mère panse les plaies de son fils qui rêve de devenir martyr. Une adolescente pleure sa mère, deuil pudique. Au gré des rencontres, dans ces lieux ailleurs anodins (mais qui, ici, prennent un autre sens), le film dessine une autre Gaza. Poétique, surréaliste, absurde, parfois. Et interroge sur le sens de la vie. Comment survivre ici ?
Par petites touches, les images recomposent un monde possible dans un décor de western déglingué aux allures de fin du monde. Condamnés à vivre, les habitants de Gaza résistent, debout. « Pas besoin d’aide, mais de liberté, chantent les rappeurs de Darg Team. Nous reconstruirons Gaza, pierre par pierre ! » Réparé, le carrousel orange du parc d’attractions se remet à tourner. En arrière plan, les immeubles de Gaza se déforment, se tordent, donnent le vertige. Vivre. Vivre jusqu’à la nausée.
« Aïsheen » Documentaire de Nicolas Wadimoff & Béatrice Guelpa.
DARG Team « Da Arabian Revolutionary Guys »
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